close

Exports de coraux en Indonésie : Les coraux de culture indonésiens ne seront plus jamais les mêmes !

News

Traduction de l’article de Vincent Chalias concernant la réouverture des exports de coraux en Indonésie, publié par Reef Builders le 13 janvier 2020 :
Farmed Corals from Indonesia Will Never be the Same




Après la réouverture des exports de coraux en Indonésie et quelques jours d’euphorie durant les quels tout le monde pensait assister au retour des coraux « illimités » et « pas cher », il semblerait que les choses ne soient pas si simples. Nous avons bien essayé de faire passer le message dernièrement mais beaucoup n’ont peut-être pas voulu l’entendre dans leur soif de nouveaux coraux…

Il faudra du temps pour que ces “torches” redeviennent abondantes sur le marché.


L’industrie de l’aquaculture indonésienne a changé pour toujours !

Durant les prochains mois de réouverture des exports en Indonésie, l’industrie de l’export de coraux va être dans une sorte de phase de probation. Comme un nouveau départ en douceur…

Un nouveau système d’inspection des exports de coraux en Indonésie :

Une nouvelle procédure d’inspection va être mise en place pour l’export de coraux d’ici quelques mois. Pour l’heure, les compagnies d’export peuvent seulement envoyer ce qui a été approuvé par les pêcheries au début du mois de décembre 2019. Donc en bref, la régulation de la mariculture et de l’export des coraux va devenir beaucoup plus ferme avec la mise en place d’un nouvel étage de surveillance dans la chaîne d’approvisionnement : le ministère Indonésien des pêches.

Un nouvel ensemble de documentation et de règles est à présent en place. Chaque envoi de coraux destiné à l’export devra être enregistré en ligne 5 jours avant l’expédition. Ensuite, le lot destiné à l’envoi sera inspecté 2 jours avant l’expédition. Les inspecteurs en charge devront alors émettre une lettre de recommandation qui permettra aux services de quarantaines de délivrer le certificat sanitaire nécessaire au dédouanement.

Ces coraux ne seront plus jamais aussi abondant et “low cost” qu’avant.


Toutes les fermes de coraux existantes seront plus régulièrement inspectées et le transit de coraux d’une ferme à une autre sera bien plus difficile. Démarrer une nouvelle ferme sera bien plus compliqué, l’élevage d’une nouvelle espèce nécessitera des documents difficiles à obtenir. De plus, obtenir une licence pour prélever de nouveaux pieds mères va devenir quasiment impossible. Tout ceci vient s’ajouter à un processus préexistant qui est déjà très complexe.

Ce type de coraux va rester rare pour un bon moment.


Donc concrètement ?

  • Les permis d’export CITES seront plus limités et bien plus difficile à obtenir, donc il n’y en aura pas assez pour tout le monde. De plus, beaucoup de fermes n’auront pas assez de « matière » a expédié pendant plusieurs mois en attendant que leur production suffise.

  • Les prix vont augmenter puisque l’approvisionnement sera plus limité et que les coûts de production et d’export vont grimper en flèche.

  • Etant donné les prix de certaines pièces, il sera très tentant de faire des choses stupides et de prendre des raccourcis, mais les acteurs de l’industrie corallienne doivent comprendre que cela mettrait alors à nouveau en péril tout le marché et que tout le monde devra encore payer pour ça.



Les entreprises impliquées dans le marché de l’aquariophilie récifale doivent à présent totalement oublier ce qu’était les « coraux d’Indo » car suite au hiatus, c’est un tout nouveau marché qui va émerger de cette réouverture.

Ces coraux continuerons d’être cultivés mais à un prix plus cohérent.


Le sort des coraux mous, anémones et roches vivantes de culture est en discussion et rien n’a encore été décidé. La bonne nouvelle est que les exportateurs qui se conformaient déjà aux réglementations et dont le permis de CITES est près peuvent d’ores et déjà reprendre les exports de coraux durs. Il est donc probable de voir arriver quelques imports sur le marché occidental dans les semaines à venir. 


Retrouvez l’article original signé Vincent Chalias sur Reef Builders.


Notre vision

En somme, toutes les nouvelles contraintes énoncées par cet article de Reef Builders ne sont que les contraintes normales de l’aquaculture. Chez Coral Biome, nous avons toujours souhaité fournir le marché Européen avec des coraux de culture. Aucune loi ne nous y oblige et nous nous sommes donc auto-imposés une ligne de conduite. Mais forcément et en toute logique, nous avons fait face à ces mêmes difficultés organisationnelles et financières : ne pas se contenter de fragmenter des pieds mères (ou de les revendre en direct) implique une échelle plus raisonnable, une production plus lente et donc des coûts plus importants ; de même, certaines souches sont parfois en « rupture » de boutures et il faut donc attendre… Par ailleurs, faire passer du corail sauvage pour du corail de culture chez les exportateurs et importateurs est d’une telle facilité que la seule manière pour nous d’être sûr de vendre du corail de culture était de le cultiver nous-même.

Nous sommes donc ravis de voir que l’Indonésie semble avoir la volonté de ralentir la cadence, en imposant des règles plus lourdes impliquant un approvisionnement au rythme du corail et non pas de l’homme. C’est bien la seule issue : ralentir. Il est temps pour nous tous de réaliser que maintenir un corail dans notre salon n’est pas anodin. Les récifs sont en périls partout dans le monde, on ne peut donc pas continuer de les « consommer » à ce rythme effréné avec la seule idée en tête d’avoir un bel aquarium ; en plus ce sont des animaux qui peuvent être « cultivés » comme des plantes, pourquoi s’en privé ? ; mais la coralliculture a un coût qui doit bien être financé.

Cependant, outre l’effort financier, comme le suggère très subtilement le titre de cet article, les coraux ne seront peut-être plus les mêmes… Eh oui ! Être raisonnable c’est peut-être aussi devoir renoncer à certaines espèces qu’on ne peut pas cultiver. Nous verrons dans quelques temps si l’Indonésie joue le jeu sur certains gros LPS (Large Polype Scleractinia) impossibles à cultiver. La loi du commerce veut que le marché s’adapte à la demande du client, chez Coral Biome nous pensons que dans notre cas précis, il faut aussi que le client s’adapte au produit. Toutes les espèces de coraux ne sont peut-être pas aptes à être commercialisées… Il va falloir l’intégrer dans le mode de fonctionnement de notre passion.

En résumé, l’aquariophilie récifale est une passion onéreuse, il faut l’accepter, et qui doit aller de pair avec une certaine conscience écologique. À nous de consommer intelligemment. Il n’est pas toujours nécessaire d’attendre une interdiction pour s’abstenir d’aller vers un non-sens.